Tradition et balafon

LES GRIOTS

Griots mandingues : caractéristiques et rôles sociaux

Les griots mandingues, professionnels ou pas, ont traversé les siècles. Afin d’exercer leur métier, ils ont évolué avec leur société et se sont adaptés à ses changements. Aujourd’hui, ils endossent de nouveaux rôles et donnent des représentations aussi bien en pays mandingue qu’à l’étranger
Dans plusieurs sociétés d’Afrique de l’Ouest, l’on trouve des griots dont les fonctions consistent à interpréter en public des poésies, des généalogies familiales et d’autres formes de littérature orale. Certains ne sont pas des griots professionnels, leurs talents artistiques ne constituant pas la source principale de leurs revenus. Pour d’autres, en revanche, il s’agit d’une activité principale, exercée en public moyennant une rémunération en espèces ou en nature. Parmi les populations de langue mandingue du Sahel de l’Ouest (Maninka, Bamana, Mandenka, Khasonke et Djoula entre autres), la majorité des griots appartiennent à cette seconde catégorie, même si nombre d’entre eux exercent par ailleurs d’autres activités rémunératrices.
En pays mandingue, il existe deux types de griots : le griot politique (jali, jeli) et le griot des chasseurs (dònsòn-jeli). Ce dernier n’est pas obligatoirement membre d’une famille de griots et exerce ses talents principalement dans des communautés de chasseurs, ou, pour certains d’entre eux, devant un public plus général.

Les groupes mandingues endogame

Les griots politiques appartenant à une caste sont socialement autorisés à interpréter en public un répertoire d’épopées et de poèmes de louanges ; souvent, ils sont également la mémoire généalogique des familles mandingues importantes. Ils constituent un des quatre groupes de clans familiaux endogames de la société mandingue. Chacun de ces groupes est socialement autorisé à exercer certaines occupations et à jouer un rôle social bien défini. Appartenir à une caste n’oblige pas ses membres à exercer la spécialité professionnelle de ladite caste, même si les rôles sociaux de ces membres demeurent assez stables par rapport aux membres des autres castes et au grand public en général.
Aucune caste endogame mandingue n’est méprisée, comme cela est le cas dans d’autres parties du monde telles que l’Inde. Au Mali, il faudrait plutôt décrire ces castes comme des monopoles familiaux socio-économiques, et non comme une hiérarchie sociale pyramidale, bien que nombre de personnes aient une opinion ambiguë quant à leurs rôles individuels ou collectifs. On l’observe particulièrement dans le cas des griots puisque certains sont tenus en haute estime alors que d’autres sont considérés comme des mendiants.
Dans les différentes langues mandingues, le plus grand groupe endogame auquel appartiennent les griots est désigné par le terme de nyamakala. Parmi les nyamakalaw, les diverses activités économiques ne se chevauchent pas. Par exemple, le forgeron (numu) travaille le métal et sculpte le bois, tandis qu’un maroquinier (garangè) ne travaille que le cuir. Un funè ou fina est mime et poète de louanges musulman. Le griot (jeli, jali) est un artisan de la parole impliqué dans la médiation et la communication, à la fois entre les individus et les groupes et, d’après le système de croyances mandingue, entre les personnes de l’ici-bas et celles de l’au-delà.
Dans le cadre du groupe, les rôles économiques et sociaux sont héréditaires. L’endogamie garantit le monopole de ces rôles en évitant la concurrence à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. Au Mali, j’ai rencontré plusieurs interprètes qui chantaient en s’accompagnant à la guitare mais n’étaient pas rémunérés lorsqu’ils se produisaient en public car ils étaient des griots hors caste. La récente émergence de chanteuses jouissant d’une grande popularité a rendu les choses plus complexes, comme nous le verrons au cours de cet article.
À travers le monde mandingue, de nombreuses familles exercent le métier de griot, dont les Dantè, Jabaatè (Jabagatè), Jawara, Kamisòkò, Kanute, Kònè, Koyta, Koytè, Kuyatè, Makalu, Sakò, Sisòkò, Sumano et Suso. Certaines familles sont constituées de membres appartenant à des castes. D’autres, telles les familles Koyta, Sakò, Kamisòkò et Kònè comprennent des branches dont certaines appartiennent à des castes et d’autres non. Tous les membres d’une famille de griots ne font pas de représentations publiques, n’ayant pas le même talent ni les mêmes aptitudes.
Une formation longue
Comme les familles de griots sont endogames, de nombreux griots ont grandi en écoutant les représentations de leurs parents ou de griots en visite. Au Mali, les enfants sont autorisés à assister aux représentations publiques, et s’ils montrent un quelconque talent pour jouer d’un instrument ou pour chanter de la poésie, leurs familles les encouragent à développer ce potentiel. Un jeune homme peut commencer à jouer d’un instrument de musique tel le ngòni, sorte de banjo à quatre cordes, ou bien le balan, un xylophone fait main, et s’il est talentueux, il peut devenir l’apprenti d’un parent en dehors de sa famille directe. Les oncles maternels sont les maîtres privilégiés pour ces jeunes aspirants griots.
La durée de l’apprentissage n’est pas fixée mais il est rare que le statut de maître chanteur (nara) soit atteint avant l’âge de quarante ans. Avant cet âge, le griot aura servi son maître de diverses manières, en entretenant sa maison ou en lui apportant un soutien lors de ses représentations, parfois comme accompagnateur, parfois comme diseur de naamu (naamunaanuna), rôle qui consiste à ponctuer pratiquement chaque vers des chants de son maître de mots d’encouragement, tels que naamu (de l’arabe « oui « ) ou cinye ( » c’est vrai « ). L’apprenti peut également partir en tournée, soit en accompagnant son maître, soit tout seul. Il aura ainsi l’occasion de chanter, de jouer et d’être rémunéré pour ses représentations publiques. Bien que ces tournées soient l’occasion d’accroître son répertoire avec de nouveaux textes ou des variantes régionales, il restera le plus souvent assez fidèle aux versions enseignées par son maître.
Même si l’apprentissage peut se dérouler dans n’importe quel endroit du Mali où vivent des griots, un centre de grand prestige est associé à la performance de l’épopée. Il s’agit de Kaaba (Kangaba), située dans le sud-ouest, près de la frontière guinéenne. C’est là, et dans la ville voisine de Kéla, qu’habitent les maîtres griots Kuyatè. C’est également à Kaaba que se déroule une importante cérémonie consistant à refaire la toiture d’un temple sacré qui représente le centre spirituel des peuples de langues mandingues de l’Afrique de l’Ouest. Pendant cette fête septennale est donnée la représentation la plus longue de l’épopée Son-Jara (Sun-jata), la plus importante épopée politique du peuple mandingue. Sa récitation dure sept jours, mais pas de façon continue. Elle met en valeur la famille Keita (la propre famille de Son-Jara), dont un représentant assiste toujours à la performance de l’épopée. Compte tenu du prestige de cette représentation, comme de celui des griots de la région auxquels est dévolu le privilège de narrer l’épopée, nombre de griots aspirent à assister à ce rituel au moins une fois dans leur vie. De ce fait, le pèlerinage à Kaaba devient une partie intégrante de leur  » pedigree verbal  » et accroît d’autant leur réputation et leur prestige.
Trois modes d’expression
Les griots peuvent utiliser trois modes d’expression dans le cadre d’une représentation : la narration, la chanson et l’accompagnement musical. Un homme seul peut se vanter d’exercer les trois talents, déclamer, chanter et jouer mais un maître chanteur peut aussi se contenter de déclamer la narration et interpréter éventuellement certaines des chansons comprises dans l’épopée. Les griots femmes (jeli-musu), qui habituellement ne narrent jamais les récits, peuvent chanter les chansons d’une épopée en solo ou en chur avec d’autres femmes lorsqu’elles s’intercalent entre les phrases narrées par le maître chanteur.
Les femmes interprètent aussi des chansons et des poèmes de louanges pendant leurs propres représentations, accompagnées par des musiciens hommes. Certains hommes peuvent jouer d’un ou de plusieurs instruments de musique (kora, ngòni, guitare, dobro, balafon, etc.), tandis que les femmes sont limitées à un seul instrument, la râpe en fer (karinya). Une épouse peut chanter les chansons et les poèmes de louanges des épopées de son mari et un homme peut jouer d’un instrument de musique pour accompagner une femme ou son épouse pendant qu’elle chante. Toutes sortes de combinaisons de ces différents cas de figure sont possibles, y compris les ensembles complets, incluant par exemple un narrateur, une chanteuse, une choriste qui joue de la râpe en fer et qui chante, un diseur de naamu et plusieurs instrumentistes hommes.
Un répertoire large et diversifié
Les principaux répertoires des griots masculins du monde mandingue comportent des récits relatifs à des légendes et aux différents modes de contrôle social. L’un des genres principaux de ce répertoire est la généalogie d’une famille ou d’un clan. Ces récitations sous forme de formules sont importantes pour les relations entre différentes familles et à l’intérieur d’une même famille. Elles apparaissent fréquemment à l’intérieur des épopées, ces dernières étant le genre par excellence dans le répertoire du griot.
En effet, bien que toutes les formes que le griot connaît soient susceptibles d’être récitées comme des genres indépendants, elles apparaissent également comme des segments structuraux à l’intérieur du récit épique.
Un autre genre majeur dans son répertoire est la légende étiologique. Les origines de divers noms noms de famille, de rivières, de villes et de villages sont récitées, étant souvent fondées sur des étymologies traditionnelles. Le récit suivant relate l’origine de la profession de griot :


 »Deux chasseurs, Dan Mansa Wulamba Tarawere (Traoré) et son frère cadet Dan Mansa Wulandin Tarawere vont de la  » terre mandingue  » à la  » terre du  » pour combattre un buffle dangereux et magique, qui est en fait la tante transformée du roi de Du. Par des moyens occultes et des conjurations apprenant le secret de son pouvoir de la bouche de la femme-buffle elle-même, les frères arrivent à vaincre son pouvoir occulte. La femme buffle leur dit qu’ils doivent utiliser deux boeufs magiques : ils se transformeront respectivement en un grand espace sauvage et un grand lac qui empêcheront le buffle de poursuivre les chasseurs. Un bâton de bois vert, planté en bordure de lac, deviendra une grande forêt derrière laquelle s’élèvera une fourmilière et derrière laquelle Dan Mansa Wulandin doit se cacher. Dan Mansa Wulamba doit, quant à lui, grimper dans un arbre pour se mettre à l’abri pendant que son frère aîné lance un fuseau magique sur la femme-buffle. Ce fuseau est la seule arme qui puisse la tuer car elle est immunisée contre les balles, les couteaux et les lances. Les choses ne se déroulent pas comme prévu car le frère aîné a trop peur de suivre les instructions. Le frère cadet prend alors l’initiative et les rôles qui leur avaient été dévolus sont inversés :
Dan Mansa Wulandin
Alla se cacher derrière la grande fourmilière,
Et marcha sur un morceau de charbon de bois [pour se rendre invisible].
Il dit à son frère aîné,
Dit :  » Faisons vite quelque chose ! »
La femme-buffle arriva à la fourmilière
Elle regarda de gauche à droite
Mais ne vit rien.
Elle regarda de nouveau de gauche à droite
Elle ne vit que Ombre devant elle,
L’Ombre que les chasseurs vénéraient.
Elle regarda de nouveau de gauche à droite.
Dan Mansa Wulandin prit le fuseau,
Il visa et tira sur le Buffle de Du, pan !
Le buffle beugla :  » Oh ! « 


Le buffle s’effondra, biri !
Il trancha sa queue,
Et il trancha ses cornes,
Et il trancha ses oreilles,
Et il trancha ses sabots.
Dan Mansa Wulandin s’avança :
 » Petit frère, que s’est-il passé ? « 
 » Ah, mon aîné » répondit-il,  » le Buffle de Du est tombé. « 
[Ensuite le frère aîné chante un poème de louanges à la gloire de son frère cadet qui vient d’abattre la femme-buffle avec un fuseau magique. Le frère cadet répond alors :]
 » Ah, mon aîné  » répondit-il,
 » Deviendrais-tu griot,
 » Jébaga tè sor’i la !  » ( » celui qui t’en empêchera, on ne le trouvera pas. »)
[Jébaga tè, ou Jabaatè, devient donc le nom du premier griot mandingue. Ensuite, le chanteur narre la généalogie de la progéniture du premier griot Jabaatè.]
Et de lui descendit Sangoyi, le Long Arc.
Sangoyi, le Long Arc, engendra Tuba Katè,
Et engendra Mònsòn Katè,
Et engendra Fatiyan Katè,
Et engendra Sagaburu Katè le Grand,
Et engendra
Ce sont les six clans de griots Jebagatè.
Ils eurent chacun deux fils,
Et ils furent donc douze au total.
Une branche prit le nom de Kòròko.
Les Kòròko sont des griots. »

Les rôles traditionnels du griot

Comme tous les nyamakalaw, les griots participent aussi bien de la sphère sociale que de la sphère économique. Dans le système de croyances mandingue, la parole du griot est censée avoir non seulement un pouvoir de persuasion mais aussi un pouvoir occulte (nyama). C’est pourquoi une formule sera toujours récitée lorsqu’on gratifie le griot après sa performance : ka nyama bò! (éloigne le pouvoir occulte !). La gratification du griot est donc perçue comme nécessaire pour neutraliser le nyama. Ce processus donne au griot professionnel un moyen de subsistance.
Les rôles traditionnels dévolus au griot impliquent sa maîtrise de la parole. En tant qu’artisan de la parole, il est un arbitre du passé et du présent, remplissant les fonctions d’historien et d’interprète/analyste de l’histoire de la nation, du groupe économique, du village et/ou de la famille  » hôte « , en fonction de ses propres rattachements. Le célèbre griot de Kirina (Mali),Wa Kamisòkò, était à la fois l’historien et le porte-parole de son village. Le griot de Ségou qui jouissait lui aussi d’une grande renommée, Ba Sumana Sisòkò, détenait le poste de  » poète lauréat  » du Mali quand j’y séjournais au début des années 1970.

Auteur : John Johnson / Analyse – 23 décembre 2004 / Africulture, les mondes en relation / https://africultures.com/griots-mandingues-caracteristiques-et-roles-sociaux-3618/

LA MUSIQUE MANDINGUE

Pour mieux connaitre la musique mandingue

Que désigne le mot « mandingue » ?

La culture dite « mandingue » regroupe un certain nombre de pays de l’Afrique de l’ouest. Dans un premier temps, elle correspond à l’extension de l’ancien Empire du Mali. Celui-ci a été créé en 1225-1250 par un guerrier légendaire : Sundjata Keïta. Le mot « mandingue » est souvent associé à la musique et aux danses africaines, car elle connait un grand succès dans le monde entier. Lorsque l’on parle de « mandingue », on parle forcément de musique et de pays d’Afrique de l’ouest.

Qu’est-ce que la musique mandingue ?

La musique mandingue est une musique traditionnelle qui se transmet à l’oral de génération en génération. Elle accompagne toutes les fêtes, les célébrations et les rites des pays mandingues comme le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali, le Congo, la Haute-Guinée et la Côte d’Ivoire notamment.
La musique mandingue est incontestablement la plus répandue et la plus connue de toutes les musiques africaines en France. Parmi les instruments les plus utilisés figurent le djembé, le n’goni, la kora, le doun-doun et le balafon.
Fruit des échanges et des métissages des peuples mandingues, cette musique est souvent associée à la parole des griots. Ceux-ci sont artistes qui racontent l’histoire de leur peuple en chantant au cours de cérémonies diverses. En terre mandingue, la musique et l’histoire sont indissociables.
La musique se caractérise par une classe et une élégance incomparables. Le niveau des musiciens mandingues est très élevé. 
Elle allie la danse africaine, le chant, les performances d’un percussionniste et acrobate africain. L’énergie et la fougue des artistes mandingues, la beauté des mélodies, la diversité des instruments comme le djembé ou la flûte mandingue font que c’est une musique africaine connue dans le monde entier.

Le peuple et la civilisation mandingues – repères historiques

Sundjata Keita – le berceau du peuple mandingue

Sundjata Keita était l’empereur du Mali. C’est un homme au parcours exceptionnel et miraculeux qui fait partie de l’histoire de l’Afrique de l’ouest.
Naré Maghann, roi du Manding, reçut la visite d’un chasseur devin. Ce dernier lui prédit qu’il aurait un fils avec une femme très laide et que celui-ci deviendrait roi. Quelques années plus tard, deux chasseurs lui présentèrent une femme venant d’un pays voisin qui était laide et bossue. Se rappelant de la prédiction, il l’épousa et elle lui donna un fils prénommé Soudjata Keita. Celui-ci était infirme, incapable de se tenir debout.
A la mort du roi Maghan en 1218, son fils Dankaran Keïta prit le pouvoir malgré la volonté de son père défunt de respecter la prédiction. Sundjata et sa mère étaient l’objet de mépris, ce qui les poussa à l’exil. A l’âge de 7 ans, Sundjata réussit à se lever grâce à une barre de fer.

Le rôle du roi Sundjata dans l’épanouissement de l’empire du Mali

Durant l’exil de Sudjata, le roi Soumaouro Kanté attaqua le royaume du Manding. Dankaran Keïta ayant peur pour sa vie dut fuir. Pendant ce temps, Sundjata forme et réunit de nombreux guerriers. Rassemblant les armées des différents royaumes, il réussit à vaincre l’armée de Soumaouro Kanté en 1235. C’est après cette victoire qu’il réunit alors tous les royaumes pour constituer l’empire du Mali. Il est alors proclamé roi et Niani, qui est sa ville natale, sera la capitale de l’empire malien. De nos jours, c’est un petit village en Guinée. Soudjata va développer le commerce, les cultures nouvelles et l’exploitation de l’or. Il est connu pour ses exploits en tant que guerrier, sa sagesse, ainsi que sa tolérance. Sundjata Keïta est mort en 1255.

Les griots et leur place dans la société mandingue

Les griots sont les responsables de la tradition orale, poétique et musicale. C’est en Afrique de l’ouest qu’ils sont devenus des héros craints, courtisés et respectés. On est griot de génération en génération. Dès leur enfance, ils apprennent à jouer des instruments de musique comme le djembé, la kora, le kamelengoni ou le balafon. Ils apprennent également l’art de la parole et à développer leur mémoire qui deviendra leur outil de travail. Les griots sont de véritables professionnels de la musique africaine, de la parole et du spectacle. Un griot est donc musicien, conteur africain, percussionniste, danseur et chanteur.
Les griots sont également des médiateurs, des conseillers des princes, des percepteurs pour les enfants et ils racontent en chantant des contes africains. Souvent accompagnés d’un djembé, d’un balafon ou d’un ngoni, ils racontent l’histoire de l’empire mandingue. Ils sont les garants de la mémoire mandingue et de la tradition orale. Ils existent encore de nos jours, de nombreux griots au talent exceptionnel. Certains sont devenus de grands artistes et connaissent un grand succès grâce à leur histoire, leur tradition et aux messages qu’ils font passer que ce soit par le chant, la musique ou la danse.

La civilisation mandingue d’aujourd’hui

La civilisation mandingue s’est perpétuée jusqu’à nos jours et est présente aujourd’hui dans des pays tels que le Mali, la Guinée, la Cote d’Ivoire, le Burkina Faso et le Sénégal. Ces pays ont su conserver leurs cultures traditionnelles. Les griots sont toujours présents et transmettent leur savoir de génération en génération. Les grands musiciens et chanteurs mandingues ont permis d’ouvrir au monde entier la musique africaine. La civilisation mandingue a su garder encore aujourd’hui tout ce qui fait sa richesse : ses coutumes, ses rituels, ses cérémonies, ses danses et bien sûr sa musique.

La littérature malienne : le conte africain

La littérature malienne est liée à la tradition orale. Elle permet à chaque individu de connaitre l’histoire de son peuple et la généalogie de ses ancêtres. La vie quotidienne, la culture de Mali sont les thèmes les plus souvent abordés dans les contes africains.
Parmi les nombreux écrivains qui ont contribués à décrire les traditions culturelles du Mali, Amadou Hampâté Bâ est parmi les plus connus. L’une de ses œuvres phares, c’est « Amkoullel l’enfant peul ». Il y relate à la fois son histoire et celle de tout un peuple. Les contes africains, notamment maliens, mettent en scènes des animaux aux comportements humains. Une morale forte doit guider les enfants maliens à trouver leur place au sein de leur village. Ousmana Diarra est également un conteur africain connu qui a écrit de nombreux contes africains comme « L’orphelin et les méchants villageois ».

La musique traditionnelle mandingue

Ses origines

La musique mandingue vient du Mandé, partie frontalière entre la Guinée et le Mali. A l’arrivée du roi du Sosso, Soumaoro Kanté, et son balafon, la musique africaine va commencer à être populaire. Il était le seul à avoir un balafon. La légende veut qu’un jour il surprit un griot prêt à jouer de son instrument. Pris de peur, celui-ci se mit à chanter les louanges du roi. Il lui offrit son balafon. Après que le roi ait offert le balafon, celui-ci va attirer les gens et donner un caractère populaire à la musique. C’est ainsi que naquit la musique mandingue.

Son évolution

En jouant du balafon, du kamelengoni, du ngoni, de la kora, du doun-doun et du djembé, les griots chantent pour les mariages et autres cérémonies. Les navigateurs portugais vont apporter des guitares acoustiques au XVIe siècle, les colonisateurs européens, des tambours, des batteries, des accordéons et bien d’autres. C’est ainsi que de nouveaux sons apparaissent à côté des instruments traditionnels.
La musique mandingue va s’ouvrir au monde entier grâce à la radio. Elle est très vite adoptée grâce au niveau élevé des musiciens mandingues. Elle allie la danse africaine et la musique africaine. Acrobate africain, percussionniste et chanteur font que cette musique est très populaire en France notamment. De nombreux artistes de tous les pays peuvent se réunir lors d’un concert musique africaine, d’un carnaval africain ou de festivals qui ont lieu dans de nombreux pays. La musique mandingue doit son succès aujourd’hui à sa musique rythmée, le son de ses nombreux instruments et aux talents des artistes. Ceux-ci ont d’ailleurs à leur actif de nombreux albums de musique qui connaissent aujourd’hui un grand succès.

La musique mandingue contemporaine

Ses caractéristiques

La musique venant de l’Afrique de l’ouest s’est enrichie au fil des siècles grâce notamment aux griots. Depuis la fondation de l’empire mandingue jusqu’à aujourd’hui, la musique a renforcé les liens des habitants du Mali, de la Guinée, du Burkina et du Sénégal qu’ils ont avec leur passé. Elle a connu un élan modernisateur dans les années 1960. Elle est toujours jouée  avec un djembé, un kamelengoni, un balafon, un doun-doun ou un ngoni. Toujours accompagnés de chants, des guitaristes de renom ont apporté un nouveau son à cette musique traditionnelle. C’est ainsi que les trompettes, les synthétiseurs, les batteries accompagnent aujourd’hui les plus grands djembefola.

Les nouvelles tendances de la musique et danse mandingues actuelles

Les musiques modernes sont des musiques de danses très rythmées, avec des instruments d’origine occidentale comme les guitares ou les trompettes. Au rythme du percussionniste, les danseurs vont effectuer une danse africaine au son d’une musique endiablée. Dans les années 80, l’explosion du rock mandingue est internationale. Mory Kanté et bien d’autres vont ouvrir la porte de la modernité à la musique mandingue. Elle est jouée lors d’évènements comme le carnaval africain, lors de concert musique africaine, mais également pour un mariage africain, par exemple. 
La musique mandingue a inspiré de nombreux artistes et groupes. C’est le cas de groupe gnawa. En effet, la musique d’un groupe gnawa s’inspire largement de la musique africaine. De nombreux artistes de pays du monde entier comme le Maroc ou le Brésil avec leur batucada, qui est une fanfare brésilienne, s’inspirent des musiques et danses mandingues.

Particularités de la musique et danse mandingue dans différents pays 

Guinée-Mali

Mory Kanté, Kerfala Kanté, Bembeya Jazz ou Mamady Keita font partis des musiciens les plus célèbres en Guinée. Tounami Diabaté, Amy Keita ou Rokia Traoere sont des musiciens qui font connaitre la musique malienne à travers le monde. C’est d’ailleurs dans ces pays que les plus grands artistes ont connus un grand succès hors de leurs frontières.

Le Sénégal 

Ablaye Cissoko allie les traditions mandingues et la musique contemporaine. C’est un griot qui transmet avec finesse les valeurs et les traditions. Lamine Kanté est le koraïste qui a le plus popularisé la musique mandingue.

Le Burkina

Bomboro Kosso chante en djoula et en français avec des sonorités de musique africaine. Issu d’une famille de griots, c’est un percussionniste hors pair. Mêlant la danse africaine et le djembé, c’est un auteur-compositeur de grand talent.

La Cote d’Ivoire

La Cote d’Ivoire regorge de nombreux chanteurs et chanteuses de grands talents. C’est pourquoi sont organisés de nombreux festivals de musique mandingue. L’artiste Mawa Traoré est surnommé la voix sûre de la musique mandingue en Cote d’Ivoire.

Le Congo

La musique du Congo est une musique très variées alliant musique africaine, jazz et reggae.

Le charme des danses et rythmes mandingues : les plus fameuses danses (sabar, Ndombolo, Sunum, Djansa, Maraka, Makru, Yankadi)

  • Le sabar est une danse africaine très sensuelle. Elle a d’ailleurs été interdite au Mali en 2001 dans sa version contemporaine.
  • Le Ndombolo est une animation dansante du Congo. Il s’agit en fait d’un animateur qui pousse des cris et qui est accompagné d’un danseur. Ces cris constituent souvent des injures ou des menaces.
  • Le Sunum est souvent associé au djansa. C’est une danse africaine qui exprime la rivalité entre les jeunes hommes. C’est un air très populaire joué aux cours des fêtes populaires.
  • Le Djansa est une danse africaine très rythmée. Elle est souvent réalisée lors des fêtes joyeuses comme un mariage africain, un carnaval africain ou lors de concert musique africaine.
  • Le Maraka est une danse africaine principalement originaire du Mali.
  • Le Makru est une danse dont le rythme sert à séduire ; Elle est généralement jouée lors des rites de séductions dans les villages de l’Afrique de l’ouest.
  • Le Yankadi est également une danse de séduction qui est réalisée lors d’un mariage africain et des fêtes populaires. Les jeunes hommes se placent en face des jeunes femmes et placent une écharpe sur une de leur épaule ou sur la poitrine, en signe d’amour.

Les meilleurs représentants de la musique mandingue contemporaine

Parmi les fameux djembefola, on peut rappeler Mamady Keita, Fadoula Oularé, Famoudou Konaté.

Manady Keita est un djembefola (joueur de djembé) qui a été le directeur artistique du Ballet National en Guinée.

Fadoula Oularé est considéré comme l’un des plus grands djembefola. Il forme de nombreux batteurs.

Famoudou Konaté est un grand percussionniste et djembefola. Guinéen, il a parcouru le monde entier avec les ballets africains.

Les instruments

Le djembé

Le djembé signifie « tambour » dans la langue principale des pays mandingues. C’est un instrument de percussion utilisé en Afrique. Il est composé d’un fût de bois et d’une peau de chèvre ou d’antilope. Sa forme évasée servait autrefois comme mortier à piler le mil. Le musicien qui en joue est appelé djembefola. Le djembé est pour certains un vrai objet d’art. En effet, chaque musicien personnalise son instrument. Il est d’ailleurs très fréquent d’en voir dans les maisons en France en tant que souvenirs de vacances. Le djembé est sans doute l’instrument le plus connu en Europe parmi les instruments mandingues. Il existe notamment de nombreux cours qui y sont consacrés.

Le doun-doun

Le doun-doun est un ensemble de trois instruments : le sangban, le kenkeni et le dounoumba. C’est un des principaux instruments utilisés pour la musique africaine et notamment mandingue. Il accompagne, dans la plupart des cas, le djembé et forment ainsi le repère pour la danse africaine.
Il est donc composé de 3 fûts en bois qui ont la forme d’un tronc creux et cylindrique. Chacune des extrémités est recouvertes de peau de vache, bœufs et bien d’autres peaux épaisses d’animaux sauvages. Ces trois tambours forment un ensemble qui pourrait être comparé à notre batterie. Ils peuvent être positionnés horizontalement ou verticalement.

Le balafon

Le balafon est un xylophone. Il a un support soit en bois soit en bambou sur lequel sont fixées des caisses de résonnance appelées calebasses, surmontées de lames en bois de tailles croissantes. En pays mandingue, d’où il est originaire, le balafon est joué essentiellement par des griots. Le nombre de lames va varier en fonction de la région où l’on en joue ainsi que du son que l’on veut obtenir.
Il existe deux sortes de balafons : le balafon « guinéen » constitué de sept notes et le balafon pentatonique constitué, lui, de cinq notes.

La kora

La kora est une harpe luth et est l’instrument traditionnel des griots. Elle est sans aucun doute l’instrument de musique le plus célèbre sur le continent africain. Elle est très compliquée à fabriquer et à accorder. Il faut une dizaine d’année pour bien la maîtriser. La kora est d’origine mandingue. C’est pour cela que ses différents accords se font en fonction des chansons mandingues. Il existe de nombreux artistes jouant talentueusement de la kora.

Le n’goni

C’est un instrument mélodique provenant de l’Afrique de l’ouest. Le n’goni est composé d’une grosse calebasse qui va servir de caisse de résonnance. Elle est de forme sphérique ou allongée et recouverte d’une peau de chèvre. La calebasse est traversée par un manche constitué de bois. Des cordes en nylon sont fixées à l’extrémité de ce manche. Le n’goni est souvent considéré comme le petit frère de la kora car structuré de la même façon, la seule différence venant du nombre de cordes.

Le kamelengoni

Le kamelengoni est un instrument à 8 cordes venant du sud-est du Mali.

La flûte peule et la flûte mandingue

En Afrique de l’ouest, il existe deux sortes de flûte : la flute peule, qui est jouée par les Peuls et la flûte mandingue, qui elle, est jouée par les Malinkés. La principale différence se fait au niveau du répertoire musical et également des techniques pour en jouer. Les instruments qui l’accompagnent décideront également du choix de la flute peule ou de la flûte mandingue.
La flûte peule est plus longue et a des plus gros trous qui sont plus espacés. La flûte mandingue est souvent recouverte de cuir, alors que la flûte peule est souvent recouverte de tissu ou de scotch ou tout simplement laissée sans décoration.
La flûte mandingue est souvent utilisée par les griots. Il n’est pas rare de voir des musiciens jouer de la flûte lors des concerts ou festivals. Elle apporte un son très apprécié par les musiciens mandingues.
Enfin, en parlant d’instruments traditionnels de musique mandingue, n’oublions pas de mentionner la calebasse, qui est une plante africaine dont les fruits sont souvent utilisés pour les instruments de musique. C’est notamment le cas pour la kora, le sitar et bien d’autres. En dehors de cela, elle est utilisée pour les ustensiles et les objets de décoration africains.

La popularité de la musique mandingue dans le monde : festivals de musique mandingue

Il y a de nombreux festivals de musique mandingue un peu partout dans le monde. A ces occasions, de nombreux percussionnistes font partagés leur grand talent. Souvent originaire d’Afrique de l’ouest, ces artistes font partagés lors de concert musique africaine leur passion mais surtout leur histoire et leurs traditions. La danse africaine est toujours très présente. C’est un vrai spectacle. La danse africaine est caractérisée par l’énergie des danseurs qui évoluent toujours pieds nus. C’est aussi une bonne occasion de voir un acrobate africain. Il peut y avoir des artistes de tous les pays. C’est ainsi que le Maroc est représenté, car la musique marocaine est souvent inspiré de la musique mandingue. Lors de ces évènements, il n’est pas rare de trouver une fanfare africaine ou de voir un groupe gnawa. La fanfare brésilienne nommée batucada participe généralement à ces spectacles. Que ce soit pour un carnaval africain, un concert musique africaine, tous les pays du monde entier sont représentés : Maroc, Congo, Mali, Sénégal, Cote d’Ivoire et bien d’autres. 
Des festivals sont notamment organisés en France. Ainsi, le festival des Nuits mandingues organisé depuis 2005 par l’association Tambour battant à Nantes, suscite un vif intérêt parmi les passionnés de musique mandingue. Citons aussi le Festival Complet’mandingue qui se déroule chaque année à Saint-Brieuc.

Conclusion

La musique mandingue est une musique que l’on ne peut qu’aimer. Voir un carnaval africain, un concert, un mariage africain est un vrai spectacle à part entière. Acrobate africain, percussionniste, djembefola, groupe gnawa sont souvent réunis sur la même scène afin d’offrir un spectacle rythmé et plein d’entrain. Son succès est mondial grâce aux nombreux artistes qui font vivre le passé de leurs ancêtres grâce à leur musique et leur chant. Le chant est très important, car il permet de raconter une histoire qui est bien souvent celle d’un peuple. Il est également très présent lors de cérémonies, rites, mariages ou baptêmes.

Auteur : Bang-bang music / https://bang-bangmusic.com/histoire-de-la-culture-mandingue.htm